damn fine cup of coffee

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"un pied dans la machine et la tête dans les étoiles"

"Fonce Alphonse !"

"Un jour, ça doit être sérieux. J’ai beaucoup été seule, mais je n’ai jamais vécu seule. Quand j’étais avec quelqu’un, j’étais souvent contente, mais en même temps, je prenais tout pour un hasard. Ces gens étaient mes parents, mais d’autres auraient pu l’être. Pourquoi ce garçon aux yeux bruns était-il mon frère et non celui aux yeux verts du quai d’en face ? La fille du chauffeur de taxi était mon amie, mais j’aurais pu aussi bien passer le bras au cou d’un cheval. J’étais avec un homme, amoureuse, et j’aurais aussi bien pu le planter là et partir avec l’inconnu que nous croisions dans la rue. Regarde moi ou pas. Donne moi la main ou pas. Non ne me donne pas la main et détourne les yeux. Je crois que c’est la nouvelle lune ce soir, il n’y aura pas de sang versé dans toute la ville. Je n’ai jamais joué avec quelqu’un et pourtant je n’ai jamais ouvert les yeux et pensé : Maintenant c’est sérieux. Enfin, ça devient sérieux. C’est ainsi que j’ai grandi. Moi seule étais-je si peu sérieuse ? Le temps est-il si peu sérieux ? Je n’ai jamais été solitaire, ni seule, ni avec d’autres. Mais j’aurais aimé être enfin solitaire. La solitude, ça veut dire : je suis enfin entière. Je peux le dire maintenant, car ce soir je suis enfin solitaire. Il faut en finir avec le hasard ! Nouvelle lune de la décision ! Je ne sais pas s’il y a un destin, mais il y a la décision, décide-toi ! C’est nous le temps à présent. Pas seulement la ville entière, le monde entier… … prend part à notre décision. Nous deux, nous sommes désormais plus de deux. Nous incarnons quelque chose. Nous voilà sur la place du peuple, et toute la place est pleine de gens qui rêvent de la même chose que nous. Nous déterminons le jeu pour tous ! Je suis prête. C’est à ton tour maintenant Tu as le jeu en main. Maintenant ou jamais Tu as besoin de moi. Tu auras besoin de moi. Il n’y a pas de plus grande histoire que la nôtre, celle de l’homme et de la femme. Ce sera une histoire de géants, invisibles, transmissibles, une histoire de nouveaux ancêtres. Vois mes yeux ! Ils sont l’image de la nécessité, de l’avenir de tous sur la place. La nuit dernière, j’ai rêvé d’un inconnu, de mon homme. Avec lui seul, je pouvais être solitaire, et m’ouvrir à lui, m’ouvrir toute, toute pour lui, le laisser entrer en moi tout entier, l’entourer du labyrinthe de la joie commune.
Je le sais c’est toi."

- Marion, Der Himmel über Berlin (Wim Wenders, 1987)